lundi 19 novembre 2018

Vive l'antimilitarisme !

Lundi 10 décembre 2018, 20 h 30
à L’EAGR Limoges
64, avenue de la Révolution

Halte au bourrage des crânes !

Lucien Seroux présentera ses livres


CIRA limousin (Centre international de recherches sur l’anarchisme)
Groupe limousin de l’Union Pacifiste (GLUP)

Réservations : cira.limousin@gmail.com
Entrée libre, verre de l’amitié

vendredi 16 novembre 2018

Les temps ont changé...

Il fut un temps pas si lointain où les partis de gauche, Syndicats non jaunes et associations étaient souvent place de la République pour défendre les libertés et la paix contre l'impérialisme...
Remember dans les années 1970 nos manifs contre la guerre au Vietnam etc...
Oh ! La jeunesse t'es où ? Tu résistes au bistrot avec ton smartphone ?

On nous communique :

STOP  A  LA  GUERRE  CONTRE  LE  YEMEN
LA FRANCE  COMPLICE  DE  CRIMES  DE  GUERRE

Appel de l’Association de Palestiniens en Ile de France
Paris, le 11 novembre 2018

RASSEMBLEMENT JEUDI 29 NOVEMBRE
AMBASSADE D’ARABIE SAOUDITE
A partir de 18H30 - 92 Rue de Courcelles, 75008 Paris – Métro COURCELLES

Le 25 mars 2015, une coalition menée par l’Arabie Saoudite, lance l’opération « Tempête décisive » contre le Yémen et son peuple. Elle est composée de l’Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Egypte, Bahrein, Koweit, Qatar, Jordanie, Maroc, Soudan. Cette coalition est soutenue par les grandes puissances impérialistes - Etats Unis d’Amérique – Angleterre – France. Cette dernière appuie politiquement et militairement la guerre de ses alliés l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

Selon la chaîne France Info (https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/yemen/yemen-les-armes-francaises-servent-au-moyen-orient_2603056.html) : «En Arabie saoudite, on a vendu des obus de mortier et des canons Caesar - La France livre actuellement 79 navires intercepteurs pour les gardes-côtes saoudiens susceptibles de participer au blocus du Yémen. Aux Émirats arabes unis, partenaires de la coalition en guerre au Yémen, Paris a fourni des avions Mirage 2000-9 ainsi que les chars Leclerc engagés sur le terrain ». Rappelons aussi que la France possède une base militaire aux Emirats arabes unis.

Aujourd’hui, cette guerre a fait plus de 10 000 morts et près de 60 000 blessés. Le 4 novembre 2018, le directeur de l'Unicef pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Geert Cappelaere, déclare lors d'une conférence de presse à Amman (Jordanie) : "Le Yémen est aujourd'hui un enfer sur terre, non pas pour 50 à 60% des enfants, c'est un enfer sur terre pour chaque garçon et fille". 1,8 million d'enfants âgés de moins de 5 ans sont en situation de "malnutrition aiguë", alors que la population souffre aussi de maladies comme le choléra. "Toutes les dix minutes, un enfant meurt en raison de maladies pouvant être évitées", a également indiqué le responsable de l'Unicef. Nous avons tous en mémoire la photo du New York Times de Amal Hussain 7 ans, morte de malnutrition au Yémen le 1ernovembre 2018. 

Aujourd’hui, les USA, la France et l’Angleterre, mènent avec leurs alliés Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Israël, Egypte, une guerre totale au Moyen Orient pour son contrôle, pour les ventes d’armes et contre la démocratie.

La France n’est pas le pays des droits de l’Homme quand elle soutient ces régimes dictatoriaux et d’occupation.
Le président Macron est directement responsable de ces alliances.

La France doit cesser immédiatement les livraisons d’armes à ces régimes, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Israël et Egypte ainsi que son soutien politique et diplomatique.

Nous avons le devoir de manifester contre ces crimes de guerre et de demander aux responsables français des comptes pour leurs agissements complices.

RASSEMBLEMENT JEUDI 29 NOVEMBRE 2018
AMBASSADE D’ARABIE SAOUDITE
A partir de 18H30 - 92 Rue de Courcelles, 75008 Paris 
Métro COURCELLES
  
L’Association de Palestiniens en Ile-de-France appelle les associations, organisations syndicales et politiques à diffuser, signer cet appel et à se mobiliser le jour du rassemblement. 

jeudi 15 novembre 2018

Soirée exceptionnelle GASTON COUTÉ, le 22 NOVEMBRE.

Soirée exceptionnelle GASTON COUTÉ, le 22 NOVEMBRE.

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Bonjour, j'ai le plaisir de vous inviter à la soirée spéciale du 22 novembre, autour de la parution des œuvres complètes du poète Gaston Couté, sur lequel les éditions libertaires ont travaillé ces deux dernières années.
Celle-ci se tiendra en deux temps : à 18:30 à la librairie La Balustrade;
puis à 20:30, le spectacle, dans le café qui fait l'angle, à 15 mètres de là. (Voir PJ.)
En comptant vivement sur votre présence.
Bien cordialement, Alain (Georges) Leduc.
 
Rencontre autour de la parution 
des œuvres complètes de Gaston Couté (1880-1911)
aux Éditions libertaires
 
Jeudi 22 novembre 2018
 
 
Présentation et dédicace
Librairie La Balustrade 18 h 30
25 rue d’Alsace 75010 Paris - Métro Gare de l’Est
 
Philippe CAMUS, graphiste, a établi l’édition de ces œuvres complètes, mis en page et recherché l’iconographie. 
Le premier tome (608 pages, 295 illustrations) présente le corpus : poèmes et chansons, chansons d’actualité, autres textes, dessins… complété par un glossaire du patois beauceron utilisé par Gaston Couté, d’un ensemble de notes et d’une discographie. Il a aussi rassemblé les annexes dans le second tome.  
Alain (Georges) LEDUC, écrivain, critique d’art, a écrit la biographie (260 pages) qui remet en contexte la vie de Gaston COUTÉ dans le second tome (414 pages, 530 illustrations). 
Cet ensemble est complété par le CD « Autour de Gaston Couté » chants et narrations interprétés par Les Crieurs (Michel Di Nocera et Nicole Fourcade) qui seront également présents. 
 
Les Éditions Libertaires présentent ainsi un ensemble exceptionnel, politique, historique, linguistique et poétique pour 50 € le coffret
(peuvent être vendus séparément le tome 1, 35 € ; le tome 2, 20 € ; le CD, 15 €)  
 
 
Spectacle des Crieurs
Nicole Fourcade et Michel Di Nocera
« Autour de Gaston Couté »
Au train de vie 20 h 30
1 rue des deux gares 75010 Paris - Métro Gare de l’Est
 
La soirée se terminera par le spectacle des Crieurs faisant revivre les textes de Gaston Couté au Train de vie, le café voisin. 
 
Que l’on soit d’accord ou non, convaincu ou sceptique sur les textes et leur auteur, la langue de Gaston Couté, du patois beauceron-solognot au français classique, sonne écologique et sociale, chaleureuse et pugnace et reste d’une étrange actualité.  
 
« D’une observation d’une société en microcosme, un petit monde à l’affût du “qu’en dira-t-on” et ligoté par tous les conformismes, il tira l’universalité.» 
Alain (Georges) Leduc, p. 867, tome 2.

dimanche 7 octobre 2018

Une armée, pour quoi faire ?

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Le 1er décembre, au Costa Rica, c'est jour de fête nationale, mais sans défilé militaire car cette nation d'Amérique centrale, située entre le Panama et le Nicaragua, peuplée de 5 millions d'habitants a aboli son armée en 1948.
A l'heure des hausses de budgets militaires, de la propagation des guerres sur toute la planète, le Costa Rica, rejoint en 1990 par le Panama (1), demeure la preuve qu'une nation peut exister sans armée.
« Certains pensent que nous sommes vulnérables parce que nous n'avons pas d'armée. C'est parce que nous n'avons pas d'armée que nous sommes forts ».
Ces mots d'Oscar Arias Sanchez, ancien président costaricain et Prix Nobel de la Paix en 1987, s'inscrivent dans une tradition pacifiste vieille de plus de soixante dix ans.

Tout débute lors de l'élection présidentielle du 8 février 1948. Celle-ci, entachée de fraude électorale et de faits de corruption donne vainqueur le candidat de l'opposition Otilio Ulate Blanco mais le Congrès proche du gouvernement en place, déclare vainqueur le candidat du parti au pouvoir, le Dr Rafael Angel Calderon Guardia. Une grande majorité des bulletins de vote ayant disparu dans un mystérieux incendie, aucune vérification officielle n'est possible.
C'en est trop pour l'opposition qui rentre en conflit ouvert avec le gouvernement.
La principale figure de ce conflit est un simple fermier, José Figueres Ferrer surnommé « Don Pepe ». Celui-ci, n'est pas un inconnu ; il est très populaire depuis le 8 juillet 1942 date où il a dénoncé à la radio la corruption et l'intimidation orchestrées par le gouvernement. Arrêté en plein émission, emprisonné quelques jours il est alors contraint à l'exil et se réfugie au Mexique.
De retour dans sa ferme rebaptisée « La lucha » (la lutte), il va mettre sur pied une armée, la « Legion del Caribe» (la Légion des Caraïbes), forte de quelques 600 hommes qui vient à bout de l'armée du gouvernement, aidé par le Nicaragua, dans une guerre civile de deux mois à peine, mais qui fera néanmoins entre un et deux milliers de morts.

Don Pepe prend la tête d'un gouvernement provisoire, le temps d'instaurer la démocratie puis rend le pouvoir à Ulate Blanco le vainqueur légitime de l'élection de février. Durant les 18 mois de son gouvernement provisoire, Don Pepe va nationaliser les banques et, mesure phare entre toutes, abolir purement et simplement l'armée.
Ce jour là, Don Pepe se rend à la caserne de Bellavista dans la capitale San José, grimpe sur une échelle et porte des coups de masse aux murs : ce geste symbolique orne aujourd'hui les billets de banque de 10 000 colones. Quant à la caserne il en fait cadeau à l'université qui la transformera en musée national !
Le décret-loi du 1er décembre 1948 sera entériné par la Constitution adoptée en 1949 : « L'armée est abolie en tant qu'institution permanente »
Une première dans un pays indépendant !

Pour se protéger, le Costa Rica va signer des pactes de non-agression et des accords de protection. En cas de conflit il peut faire appel à « l'Organisation des Etats d'Amérique » créée pour assurer entre ses membres « un ordre de paix et de justice ». Ce sera d'ailleurs le cas lors d'une tentative d'agression du Nicaragua voisin en 1959.
C'est un contingent de 14 000 policiers (1 pour 360 habitants) qui remplace l'armée, en étant chargée de la sécurité publique, du maintien de l'ordre, de la surveillance des frontières et de la lutte contre le trafic de drogue particulièrement actif depuis quelques années dans cette région du globe.
Dans une région historiquement marquée par les guerres civiles et les coups d'Etat militaire (cf. Nicaragua, Salvador, Guatemala) quel défi lancé par Don Pepe qui s'exclamait en avril 1948 : « No quiero un ejercito de soldados, sino uno de educatores » (Je ne veux pas une armée de soldats mais d'éducateurs) !

Alors que le Guatemala, le Salvador et le Nicaragua sombraient dans la guerre civile, 90 % de la population répondait « NON » lors d'un sondage sur le retour de l'armée ! A croire que les costaricains se passent de la présence des militaires, ce que semble d'ailleurs confirmer Daniel Matul, professeur de sciences politiques :
« Supprimer l'institution militaire répondait à une nécessité politique. L'armée était divisée, l'éliminer permettait d'éviter tout risque de renversement du pouvoir. Cela dit, ce n'était pas la raison principale et abolir l'armée était avant tout une décision visionnaire. En à peine dix ans, l'espérance de vie a décollé, le taux de mortalité due aux maladies bénignes a chuté et l'éducation a fait un bond incroyable. Il y a eu une vraie cohérence à dire : nous allons arrêter d'acheter des armes pour payer plus de professeurs et de médecins ».
Et en effet, selon la « Fondation Arias pour la Paix et le progrès humain » (2), la suppression de l'armée a permis le financement des universités et des trois plus grands hôpitaux du pays. Les budgets de la santé, de l'éducation ont été augmenté de près de 30 % en 10 ans. Le pays a connu pendant dès les premières décennies une croissance bien supérieure à l'ensemble de ses voisins et aujourd'hui le Costa Rica peut s'enorgueillir d'avoir un taux d'alphabétisation de plus de 97 %, une espérance de vie de 80 ans ! Le Costa Rica, le plus riche d'Amérique centrale, se trouve placé en terme de développement économique au 48ème rang mondial quant le Nicaragua est au 110ème, le Guatemala au 118ème.

Le Costa Rica s'est fait le chantre de la paix avec l'installation à San José, en 1979 de la Cour Interaméricaine des droits de l'homme. Profitant de ce prestige international, après le prix Nobel de la Paix octroyé en 1987 au président costaricain Arias Sanchez, le pays lance en 1996 un appel pour « réclamer un code de conduite sur les transferts internationaux d'armes ». Cet appel débouchera sur le traité relatif au commerce des armes adopté par l'ONU en 2013. Quant au respect des traités l'ONU, c'est une autre histoire !
Le Costa Rica milite aujourd'hui pour l'élimination totale des armes nucléaires.

L'historienne Clotilde Obregon rappelle que l'idée d'abolir l'armée n'est pas survenue du jour au lendemain :
« En 1825, partant de l'idée que la justice devait être la même pour tous, les tribunaux militaires furent supprimés. Les soldats, ainsi que des ecclésiastiques furent alors jugés devant des tribunaux civils. Le Costa Rica choisissait d'être un Etat « civiliste ». Dès lors, le budget militaire ne cessait de s'amenuiser et en 1948 lors de la brève guerre civile l'armée ne comptait que 800 hommes, à peine plus que l'armée populaire levée par « Don Pepe » !
Comme l'explique Luis Guillermo Solis l'actuel président costaricain, cette culture politique fait du Costa Rica le pays le plus sûr d'Amérique centrale :
« Ne pas avoir d'armée est une source de paix et de tranquillité. Contrairement à l'Europe,où l'armée est associée à la défense de l'Etat, à l'essence même de la Nation. Mais dans beaucoup de pays d'Amérique latine, l'armée est associée au terrorisme d'Etat, à la destruction de la démocratie, à la perversion des institutions ».
Un autre ancien président costaricain, Miguel Angel Rodriguez, s'exclamait en 2001 : « Comme président d'un pays sans armée, la recommandation que je fais à tous les pays d'Amérique est que nous éliminions les armées. A quoi bon les réduire, éliminons-les ! ».
Face aux politiques de surarmement partout dans le monde, en Europe et en particulier dans la France belliciste d'Emmanuel Macron, le Costa Rica fait figure de modèle politique et social en ayant préféré les médecins et les éducateurs aux militaires.
Face aux milliers de suppressions de postes d'enseignants, face aux fermetures de classes, d'écoles, Rosibel Salas Herrera, directrice d'un lycée professionnel rural livre un autre ordre des choses possibles :
« Dans (mon) pays, il y a une couverture à 100 %, l'école est partout...La plupart des écoles ont des bibliothèques, salles informatique.. »
Et face aux attaques contre notre système de santé, Elvira, étudiante infirmière livre une autre vérité : « Côté santé, les costaricains bénéficient d'une couverture sociale et d'une médecine performante... »
Tout n'est bien sûr pas idyllique : des peuples indigènes vivant dans des zones reculées manquent de moyens dans les écoles, les hôpitaux ont du mal à répondre aux urgences de la population et la police qui a remplacé l'armée peut se montrer répressive...comme partout du reste !
Il n'en reste pas moins que le Costa Rica, ce pays sans caserne nous montre qu'il est possible de vivre sans armée, qu'il est possible de résoudre les conflits sans violence.
En effet, en 70 ans ce pays « civiliste » n'a jamais été sérieusement inquiété.

Mettre fin aux dépenses militaires afin d'augmenter les budgets alloués à l'éducation, à la santé, voilà ce qui serait une vraie politique garante de la Paix universelle...

Qui a dit que l'armée était seule la garante de la Paix ?

  1. On compte une trentaine d'Etats souverains de très petite taille et de moins de 500 000 habitants qui ne possèdent pas d'armée et disposent d'un accord de défense avec un autre pays cf. l'Islande)
  2. Du nom d'Oscar Arias Sanchez, président costaricain, Prix Nobel de la Paix en 1987, initiateur des accords de Paix pour la pacification de l'Amérique centrale. Il fut le fondateur de la Fondation Arias pour la Paix et le Progrès.

jeudi 16 août 2018

Lettre à Jean Ferrat, par Philippe Torreton









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Jean, J’aimerais te laisser tranquille, au repos dans cette terre choisie. J’aurais aimé que ta voix chaude ne serve maintenant qu’à faire éclore les jeunes pousses plus tôt au printemps, la preuve, j’étais à Entraigues il n’y a pas si longtemps et je n’ai pas souhaité faire le pèlerinage. Le repos c’est sacré !

Pardon te t’emmerder, mais l’heure est grave, Jean. Je ne sais pas si là où tu es tu ne reçois que Le Figaro comme dans les hôtels qui ne connaissent pas le débat d’idées, je ne sais pas si tu vois tout de là-haut, ou si tu n’as que les titres d’une presse vendue aux argentiers proche du pouvoir pour te tenir au parfum, mais l’heure est grave !
Jean, écoute-moi, écoute-nous, écoute cette France que tu as si bien chantée, écoute-là craquer, écoute la gémir, cette France qui travaille dur et rentre crevée le soir, celle qui paye et répare sans cesse les erreurs des puissants par son sang et ses petites économies, celle qui meurt au travail, qui s’abîme les poumons, celle qui se blesse, qui subit les méthodes de management, celle qui s’immole devant ses collègues de bureau, celle qui se shoote aux psychotropes, celle à qui on demande sans cesse de faire des efforts alors que ses nerfs sont déjà élimés comme une maigre ficelle, celle qui se fait virer à coups de charters, celle que l’on traque comme d’autres en d’autres temps que tu as chantés, celle qu’on fait circuler à coups de circulaires, celle de ces étudiants affamés ou prostitués, celle de ceux-là qui savent déjà que le meilleur n’est pas pour eux, celle à qui on demande plusieurs fois par jour ses papiers, celle de ces vieux pauvres alors que leur corps témoignent encore du labeur, celle de ces réfugiés dans leur propre pays qui vivent dehors et à qui l’on demande par grand froid de ne pas sortir de chez eux, de cette France qui a mal aux dents, qui se réinvente le scorbut et la rougeole, cette France de bigleux trop pauvres pour changer de lunettes, cette France qui pleure quand le ticket de métro augmente, celle qui par manque de superflu arrête l’essentiel...
Jean, rechante quelque chose je t’en prie, toi, qui en voulais à d’Ormesson de déclarer, déjà dans Le Figaro, qu’un air de liberté flottait sur Saïgon, entends-tu dans cette campagne mugir ce sinistre Guéant qui ose déclarer que toutes les civilisations ne se valent pas ? Qui pourrait le chanter maintenant ? Pas le rock français qui s’est vendu à la Première dame de France. Écris-nous quelque chose à la gloire de Serge Letchimy qui a osé dire devant le peuple français à quelle famille de pensée appartenait Guéant et tous ceux qui le soutiennent !
Jean, l’Huma ne se vend plus aux bouches de métro, c’est Bolloré qui a remporté le marché avec ses gratuits. Maintenant, pour avoir l’info juste, on fait comme les poilus de 14/18 qui ne croyaient plus la propagande, il faut remonter aux sources soi-même, il nous faut fouiller dans les blogs... Tu l’aurais chanté même chez Drucker cette presse insipide, ces journalistes fantoches qui se font mandater par l’Élysée pour avoir l’honneur de poser des questions préparées au Président, tu leur aurais trouvé des rimes sévères et grivoises avec vendu...
Jean, l’argent est sale, toujours, tu le sais, il est taché entre autres du sang de ces ingénieurs français. La justice avance péniblement grâce au courage de quelques uns, et l’on ose donner des leçons de civilisation au monde...
Jean, l’Allemagne n’est plus qu’à un euro de l’heure du STO, et le chômeur est visé, insulté, soupçonné. La Hongrie retourne en arrière ses voiles noires gonflées par l’haleine fétide des renvois populistes de cette droite "décomplexée".
Jean, la montagne saigne, son or blanc dégouline en torrents de boue, l’homme meurt de sa fiente carbonée et irradiée, le poulet n’est plus aux hormones mais aux antibiotiques et nourri au maïs transgénique. Et les écologistes n’en finissent tellement pas de ne pas savoir faire de la politique. Le paysan est mort et ce n’est pas les numéros de cirque du Salon de l’Agriculture qui vont nous prouver le contraire. Les cowboys aussi faisaient tourner les derniers indiens dans les cirques. Le paysan est un employé de maison chargé de refaire les jardins de l’industrie agroalimentaire. On lui dit de couper, il coupe ; on lui dit de tuer son cheptel, il le tue ; on lui dit de s’endetter, il s’endette ; on lui dit de pulvériser, il pulvérise ; on lui dit de voter à droite, il vote à droite... Finies les jacqueries !
Jean, la Commune n’en finit pas de se faire massacrer chaque jour qui passe. Quand chanterons-nous "le Temps des Cerises" ? Elle voulait le peuple instruit, ici et maintenant on le veut soumis, corvéable, vilipendé quand il perd son emploi, bafoué quand il veut prendre sa retraite, carencé quand il tombe malade... Ici on massacre l’École laïque, on lui préfère le curé, on cherche l’excellence comme on chercherait des pépites de hasards, on traque la délinquance dès la petite enfance mais on se moque du savoir et de la culture partagés...
Jean, je te quitte, pardon de t’avoir dérangé, mais mon pays se perd et comme toi j’aime cette France, je l’aime ruisselante de rage et de fatigue, j’aime sa voix rauque de trop de luttes, je l’aime intransigeante, exigeante, je l’aime quand elle prend la rue ou les armes, quand elle se rend compte de son exploitation, quand elle sent la vérité comme on sent la sueur, quand elle passe les Pyrénées pour soutenir son frère ibérique, quand elle donne d’elle même pour le plus pauvre qu’elle, quand elle s’appelle en 54 par temps d’hiver, ou en 40 à l’approche de l’été. Je l’aime quand elle devient universelle, quand elle bouge avant tout le monde sans savoir si les autres suivront, quand elle ne se compare qu’à elle même et puise sa morale et ses valeurs dans le sacrifice de ses morts...
Jean, je voudrais tellement t’annoncer de bonnes nouvelles au mois de mai...Je t’embrasse.
                                                                   Philippe Torreton
P.S. Il y a un copain chanteur du Président de la République qui reprend du service dans la grande entreprise de racolage en tout genre et qui chante à ta manière une chanson en ton honneur. N’écoute pas, c’est à gerber.